Picasso (1881-1973)

C’est assez discrètement que passa en vente un Picasso, le 11 décembre 2025 à Paris. Ni Sotheby’s, ni Christie’s, ni Artcurial ne s’y collèrent. L’hôtel Drouot était squeezé. La maison Gros et Delettrez mit à l’encan le tableau dans son nouveau local qui, si il est situé dans un quartier très chic du VIe arrondissement de Paris, n’en est pas moins dans une rue sans joie à l’écart de tout. Mais chacun sait, que ce soit dans l’art ou l’immobilier, qu’un beau produit se vend aussi bien dans une cave que dans une chambre de bonne au sixième sans ascenseur. Nul besoin d’un bel emballage! Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse!

Comme vous pouvez le voir en une ce Picasso n’est pas non plus un chef d’oeuvre : une nature morte au style tardif, 1943, un peu dans le goût des cubistes de salon. Mais c’est Picasso! D’ailleurs à propos de l’oeuvre le catalogue était plutôt disert. Voici quelques extraits:

(…) « Durant les années de guerre, le répertoire de Picasso est relativement restreint, se concentrant sur les portraits (Dora tragique, Marie-Thérèse et Maya heureuses), quelques nus, peu de paysages et surtout des natures mortes. »

(…) « Le goût de Picasso, pour la nature morte, qui perdurera toute sa vie, tient à plusieurs facteurs. À l’époque du cubisme, Picasso s’inscrit comme le continuateur d’une tradition de la peinture moderne, qui depuis Cézanne fait de ce genre, longtemps considéré comme mineur, le mode d’expression privilégié de la picturalité. Il est aussi l’héritier de la tradition espagnole des bodegones, ces natures mortes, humbles et mystiques, faites de quelques objets ordinaires. Enfin, la nature morte lui permet d’exprimer un certain nombre de thèmes récurrents et essentiels de son art : la nourriture, la présence du sacré dans les objets du quotidien ou le cycle de la vie et de la mort, d’où les nombreux crânes et vanités qui jalonnent toute son oeuvre. (cf. Marie-Laure Bernadac, Picasso et les choses, RMN 1992) »

« En cette année 1943, les natures mortes sont tout à fait dominantes, entre simplicité et austérité, arrangement de deux objets sur un plan ou plus complexes avec une multiplication d’ustensiles. Ces derniers appartiennent à la cuisine (pichet, cafetière, coupe, plat, couteau, verre). Le peintre apprécie les objets du quotidien, notamment ceux de la cuisine de Marie-Thérèse. Parfois, il réplique son tableau, rendant plus lumineuse et riante une première version sombre. Ces objets témoignent, par leur banalité, de l’austérité de la période d’occupation : confinement de la vie dans la sphère privée et imagination réduite à l’espace du quotidien, de la maison et de l’intime ».

Vous savez tout et vous n’avez plus qu’à imaginer avec Sigmund Freud, pour donner une épaisseur psychanalytique à la composition, le verre comme un symbole phallique et la tasse comme un symbole féminin…

Notre huile sur toile, 27,5 x 41,5 cm, était estimée entre 300 et 500 mille euros. Elle trouva preneur à 728 mille euros.

Frédéric Le Quer

C’est assez discrètement que passa en vente un Picasso, le 11 décembre 2025 à Paris. Ni Sotheby’s, ni Christie’s, ni Artcurial ne s’y collèrent. L’hôtel Drouot était squeezé. La maison Gros et Delettrez mit à l’encan le tableau dans son nouveau local qui, si il est situé dans un quartier très chic du VIe arrondissement de Paris, n’en est pas…

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