
Coupe-gorge
Je vais ce matin parler d’une mésaventure, ou plutôt non, juste un incident dans un coupe-gorge qui m’est arrivé hier et suffisamment significatif de la société d’aujourd’hui pour intéresser. Il était aux alentours de 16 heures. Je sortais de l’hôtel Drouot à Paris. D’habitude je rentre chez moi en vélo, mais, cette fois, j’étais un peu chargé, je ne voulais pas prendre le risque d’abîmer ce que j’avais acheté, pas prendre le risque non plus de tomber, et malgré le beau temps, je décidais de prendre le métro. Le quartier est au chœur de la capitale à la fois chic et grouillant de monde. Ce sont les grands boulevards. « Ya tant de choses, tant de choses à voir » mais on n’y vois plus guère de grands jours d’espoirs pour paraphraser la chanson d’Yves Montand et hier encore moins.
Je descendais donc dans la bouche Richelieu-Drouot. L’escalier est raide, les portes sont lourdes, le vent crée des courants d’air. Dans le hall, là où on achète un ticket à un distributeur automatique, là où il y a encore une guitoune pour les agents de la RATP bien barricadés dedans et dont on ne sait pas à quoi ils servent exactement, une dizaine de racailles, je ne peux pas dire autrement, c’était net, errait désœuvrée. Les jeunes, environ 16 ans, que des garçons, tournaient autour des personnes regardant leurs sacs, leurs mains, leur allure. Le sentiment d’insécurité en était exacerbé et risquait de se transformer en insécurité tout court. Juste une question de temps, d’opportunité. J’hésitais. Il fallait que je pose mes affaires pour sortir ma carte bleue et prendre un ticket. Oh, bien sûr, je n’avais pas peur qu’ils me volent le livre d’art russe dans son lourd emboîtage ou la lithographie de Steinlen que je portais. Je ne vous décris pas ça par snobisme, ça me plait à moi ces choses-là. Mais ma fameuse carte bleue, il fallait la sortir car je n’avais pas du tout d’espèces. Je surveillais leur manège discrètement, je m’approchais de l’automate, je m’en éloignais faisant semblant de regarder les lignes de métro sur un plan, j’y retournais. Je voyais qu’ils étaient toujours là, tournant en rond, ne discutant pas ensemble, faisant semblant de ne voir personne mais observant tout.
Je décidais alors de laisser tomber, de sortir de ce coupe-gorge et de rentrer en vélo. C’était Paris, hier, 11 juillet 2023.
Frédéric Le Quer
PS: En une l’image du monument aux morts de la station Richelieu-Drouot
Je vais ce matin parler d’une mésaventure, ou plutôt non, juste un incident dans un coupe-gorge qui m’est arrivé hier et suffisamment significatif de la société d’aujourd’hui pour intéresser. Il était aux alentours de 16 heures. Je sortais de l’hôtel Drouot à Paris. D’habitude je rentre chez moi en vélo, mais, cette fois, j’étais un peu chargé, je ne voulais…