Rentrée des classes

Sur le tableau noir, le professeur néophyte pour cette rentrée des classes, voulant sympathiser avec ses élèves, écrivait son prénom à la craie blanche avec application.

“Mo prénon et Jean”

Il transpirait un peu, guère habitué à devoir affronter une trentaine de jeunes et, il l’admettait lui-même, à cause de ses quelques faiblesses en orthographe. Lors de son embauche “speed dating” il avait préféré ne pas avouer ses manquements à la langue de Molière et comme il compensait par du bagout, il fut pris tout de suite.

“C’est quoi ce prénom?” cria une fille, la seule de la classe semblant s’intéresser à l’adulte devant elle et qui déchiffrait un peu les mots.

Les autres examinèrent un instant la phrase mais comme aucun ne savait vraiment lire, ils attendirent que le professeur s’exprime à voix haute. C’était son rôle pour la rentrée des classes.

“Jean” prononça ce dernier.

Un immense éclat de rire fusa dans cet endroit de Seine Saint Denis où personne n’avait jamais entendu un prénom français. Certains en rajoutaient même contorsionnant leur torse et tapant du poing sur la table tout en poussant des petits cris en amusant leurs camarades.

“On est obligé de vous appeler comme ça?” Finit-on par entendre au milieu du chahut.

“Non, non, appelez-moi Momo”, capitula immédiatement l’enseignant qui, fin psychologue, comprit immédiatement que pour construire une passerelle entre lui et eux, il devait se mettre au diapason des nombreuses ethnies composant sa classe.

Un ange passa et ça dura longtemps. Le maître et les élèves semblaient ne plus rien avoir à se dire. Alors, Jean, dit Momo, prit l’initiative et ordonna gentiment de sortir les cahiers. Mais personne n’en avait. Il réclama alors les livres sans plus de succès. Très motivé néanmoins pour sa première journée, il eut alors l’idée formidable d’inscrire une addition au tableau. Hélas il vit trop grand en proposant d’additionner des centaines et devant la difficulté tous les élèves se désintéressèrent de son projet éducatif.

Bref, plus d’une demi-heure était passée et strictement rien n’avait encore été accompli d’instructif.

Jean, dit Momo, comprenait que l’exigence de son public était au raz des pâquerettes et se disait, heureux, que l’année se passerait comme sur des roulettes. Chaque camp vaquerait tranquillement à ses occupations pendant les cours.

A ce moment un trouble fête frappa à la porte et l’instant de grâce de l’enseignant fut rompu net.

“Entrez” réussit-il à murmurer très inquiet du bruit infernal qui régnait autour de lui, à cause des conversations particulières mais animées courant dans cet antre du savoir. Il craignit qu’on lui reproche son absence d’autorité.

“Entrez!” Cria-t-il enfin.

Pap N’Diaye, le ministre de l’éducation en personne, pénétra. Pour la première fois, il voyait une classe in situ, dans un collège public. Ne fréquentant d’habitude que les écoles privées de haut rang, cette immersion  lui fit un le choc.

“Tout se passe bien?” Demanda-t-il tout sourire à l’enseignant.

“Parfaitement, Monsieur le ministre”.

Le ministre fut très satisfait de cette réponse qui démontrait à quel point le macronisme voyait juste. De son coté, Jean, dit Momo, était soulagé de l’avoir reconnu. Le ministre était plus petit que ce qu’il s’était dit mais sinon c’était bien lui.

“Je vois que des choses sont déjà inscrites sur le tableau, c’est très bien.”

Pap N’Diaye se demandait néanmoins ce que pouvait bien signifier ces mots “Mo non et Jean” et cette addition juste à coté sans résultat. Il se dit que c’était surement une méthode utilisée dans le public que les écoles privées qu’il connaissait et aimait tant, ignoraient. il se garda bien d’étaler sa lacune.

 L’enseignant souriait quelque peu crispé mais très vite le ministre dit:

“Et bien je vais vous laisser poursuivre. Sachez qu’une dizaine d’élèves, les meilleurs des lycées publics de la capitale vont bientôt venir renforcer les rangs de cette classe”.

“Non, non” s’exclama le professeur. C’est inutile. Cette rentrée des classes prouve que nous nous débrouillons très bien.”

“Bon” répondit Pap N’diaye, “mais si vous voulez un jour quelques premiers de la classe issus de milieu bourgeois à rééduquer, n’hésitez pas à me demander!”

Frédéric Le Quer

Sur le tableau noir, le professeur néophyte pour cette rentrée des classes, voulant sympathiser avec ses élèves, écrivait son prénom à la craie blanche avec application. “Mo prénon et Jean” Il transpirait un peu, guère habitué à devoir affronter une trentaine de jeunes et, il l’admettait lui-même, à cause de ses quelques faiblesses en orthographe. Lors de son embauche “speed…

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